La dialyse à domicile.

Mon épouse Annie est atteinte d'insuffisance rénale depuis son plus jeune âge. En 1981, la sanction est tombée.
Hospitalisée dans le service du Professeur Martin-Dupont, il a fallu entrer en dialyse dès le retour des vacances.

La première dialyse s'est déroulée à Pellegrin, le 1er novembre 1981.

Dès le début, j'ai accompagné ma femme chaque fois que c'était possible.
Dès le début, Monsieur Martin-Dupont et son équipe médicale, notamment le docteur Montoriol nous a parlé de
dialyse à domicile.
Comme nous étions tous les deux réceptifs, la réflexion a été poussée plus loin, puis la décision a été prise ;  
nous ferions la dialyse à domicile.

Notre fille qui avait 7 ans à l'époque, a très bien pris la chose, et nous ne lui avons jamais caché ce que cet
engagement représentait.
Il m'a fallu trois longs mois pour être prêt à piquer ma femme, car pour moi cela a été
le plus dur.

Enfin, le 8 mars 1982, nous avons été "lâchés", et le docteur Montoriol nous a assistés lors de notre première
dialyse à domicile dans notre appartement de Bègles.
          Emotions ou je ne sais quoi, j'ai manqué la piqûre.
 Le docteur m'a dit : "Monsieur Lasserre, l'essentiel est fait ; après demain, vous serez seul et tout ira bien".

Oui, le docteur avait raison ; aujourd'hui, nous sommes à plus de 3 000 dialyses à domicile et sommes heureux
comme au premier jour.

La dialyse à domicile, c'est la liberté dans le respect du protocole établi par le médecin Madame Desvergnes
aujourd'hui, en qui nous avons une totale confiance.

C'est la liberté de commencer la séance à l'heure de notre choix, c'est-à-dire en soirée et d'avoir ainsi nos journées
libres.
C'est la liberté pour ma femme de profiter de bons légumes du jardin au repas du soir en commençant la séance.

Pour ceux qui croient que la dialyse à la maison, c'est vivre avec la maladie, je vais vous citer une réponse de mon
petit-fils qui a 8 ans. L'autre soir, nous l'avions en garde et comme il n'était pas très sage, pour le faire écouter,
je lui ai dit :
              "Thibaut, soit mignon, Mamie est malade."
Il me regarde l'air malheureux et m'interroge :
                "Qu'est-ce qu'elle a?"
Je lui réponds :
               "Elle fait la dialyse."
Et de me répondre :
                "Mais alors, elle n'est pas malade."

Alors oui, la dialyse à domicile, lorsqu'elle a bien été acceptée dans le couple, elle fait partie de la vie.
Je m'étonne qu'aujourd'hui, cette option fasse partie de l'exception ;
pour ma part, je suis prêt à apporter mon témoignage sous qu'elle forme que ce soit pour vanter tous ses avantages.

                                                                                                  Jean LASSERRE